5 Questions à Elisabeth, productrice de fromages au Brésil

Elisabeth vit depuis octobre 2011 à Paulo Lopes, au Brésil. C’est un village au Sud de Florianopolis, sur le litoral de Santa Catarina. Tombée amoureuse de cette région avec ses plages magnifiques sur fond de montagne (Serra Catarinense), ses villages de pêcheurs encore préservés, elle a créé une fromagerie qui produit une vingtaine de sortes de fromages bien connus en France, du Saint Marcellin jusqu’au Comté, en passant par le Brie, Camembert, Reblochon, Saint Nectaire…

« Bonjour Elisabeth et merci de partager avec nous ton expérience de Femme et Entrepreneure, Ici ou Ailleurs !

Prête à nous en dire plus en 5 questions ?

1. Pourquoi la création de QUEIJO COM SOTAQUE ?

fromagesEn 2006, j’ai fait avec ma famille un voyage dans le Sud du Brésil. Pendant trois mois, nous avons visité des fermes de l’association « accueil paysan », association française de tourisme rural dont nous faisons partie, et qui s’est développée au Brésil. J’ai constaté que de nombreuses fermes se vendaient, l’exode rural en cours, et que les paysans qui continuaient n’avaient pas le savoir faire ni les structures pour produire des aliments transformés de qualité.

J’ai été profondément touchée par cette évolution à laquelle j’assistais en France depuis de nombreuses années.

D’autre part, le fromage qu’on trouvait au Brésil n’était pas bon. Pas de variété, pas de créativité… et le fromage, c’est ma passion.

Alors je suis retournée un an plus tard avec l’idée de devenir une sorte de conseillère en fromagerie, mais j’ai très vite réalisé qu’il fallait faire mes preuves pour être crédible. Alors j’ai décidé d’investir de et de construire une petite fromagerie et de mettre sur le marché des fromages comme je les connais de France.

J’ai appelé mon entreprise QUEIJO COM SOTAQUE, fromage avec accent, parce que ce n’est pas du fromage français. C’est du fromage Brésilien avec une touche française.

Je ne veux pas faire de la mauvaise copie de nos excellents fromages français, on a notre terroir, nos réalités, le climat et les obligations légales (lait pasteurisé)… donc, ils ont juste un accent français… comme moi quand je parle portugais. Ce concept passe bien, fait sourire et on retient le nom.

2. Quels ont été les challenges auxquels tu as été confrontée, en tant que femme, qu’entrepreneure et en vivant à l’étranger ?

Dans un certain sens, le fait d’être femme m’a aidé, m’a attiré des sympathies et l’attention des décideurs et medias.

Le fait de faire un produit « de chez moi » m’a également aidé a gagner la confiance. Mais il faut en permanence faire ses preuves, que ce n’est pas un caprice, que QUEIJO COM SOTAQUE est quelque chose de spécial mais professionnel.

Le grand défi, c’était d’apprendre la langue suffisamment bien pour négocier avec notamment les organismes de contrôle, les produits alimentaires sont extrêmement surveillés au Brésil. En fait, il existe les deux extrêmes : beaucoup de fromages sont fabriqués dans des fermes sans aucun contrôle, dans des conditions indescriptibles, et puis le produit industrialisé où tout est vérifié, mesuré, annoté…

Et mon entreprise se met entre les deux, on est artisanal, on fabrique en petite quantité un produit cher, car on veut bien payer le producteur (30% de plus que l’industrie), pour lui permettre de continuer, parce qu’il faut des campagnes vivantes pour que les cités puissent manger !

3. Quelle est ta plus grande réussite ?

En novembre, nous avons participé à un concours de fromages artisanaux. Nous avons gagné 8 médailles, 2 en or, 4 argent, 2 bronze. C’est une belle reconnaissance de notre travail.

Mais le plus important c’est la réaction de mes clients qui deviennent des fans. Quand ils viennent avec leurs enfants et me disent : mon fils ne mange plus d’autre fromage…

Et les français qui vivent ici recherchent également mon produit. Je suis très bien accueillie auprès des chefs français et auprès du Consulat Général…

buffet raisins

4. Elisabeth, quels sont tes projets, peut être un autre rêve à réaliser ?

Nous commençons avec l’Université un travail sur les ferments d’affinage. Ces moisissures font toute la différence des fromages affinés français. L’idée est de créer d’ici un an un laboratoire microbiologique où nous reproduirons nos propres agents d’affinage, on pourra ensuite les distribuer à d’autres fromagers brésiliens.

Ce marché énorme a la place pour de nombreux autres fromages artisanaux de qualité.

5. Ton conseil aux Femmes et Entrepreneures, Ici ou Ailleurs ?

Du travail et de la ténacité. Quand on est à l’étranger, on est toujours en situation d’exception. Il faut apprendre à profiter de cet angle de vue un peu différent sur la réalité.

Merci Elisabeth, pour cette interview pleine de saveurs ! »

fabricationQuelques mots de plus sur Queijo com Sotaque:

Fabrication artisanale, seulement trois personnes travaillent en production, et un concept inédit au Brésil où le marché des fromages est entre les mains de la grande industrie. Les Brésiliens sont en train de découvrir les fromages affinés gourmets, pourtant produits dans des règles d’hygiène modernes.

La vente se fait dans des magasins d’épicerie fine et dans des restaurants, les chefs reconnaissent la qualité gustative et la variété des produits.

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ou contactez Elisabeth :  queijocomsotaque@gmail.com  + 55 4899053048

 

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